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Secret de graveur : la taille-douce

Gravure, taille-douce et impression

Citron Bleu est un laboratoire d’idées dédié au web, aux Arts et à la communication. Afin de célébrer la naissance de cette entreprise, nous avions réalisé plusieurs supports d’expression dont une estampe gravée à l’eau-forte et tirée sur une presse à taille-douce. Pour ceux d’entre vous qui n’ont jamais entendu parlé de cette technique, apprenez que la gravure en taille-douce est un procédé d’impression unique : c’est l’empreinte que laisse sur le papier une plaque de métal gravée et encrée. Dans son livre « Secrets de Graveurs », J.M. Billard en donne la définition suivante : « Chaque épreuve est le fruit d’un travail d’impression artisanal qui confère à l’estampe son caractère. »

La technique de la gravure à l’eau-forte

1. le dessin

Le dessin, préalablement réalisé sur papier doit être reporté sur un calque au format de la plaque de cuivre. Il est impératif de le dessiner en miroir. S’il y a du texte, ceux-ci doivent aussi êtres à l’envers car l’impression retournera l’image.

2. Préparation de la plaque de cuivre

La première étape est de biseauter les bords de la plaque de cuivre, afin d’éviter qu’elle ne déchire le papier lors de l’impression. Pour faire cela, nous utilisons un papier de verre à grain fin et un brunissoir (une sorte de couteau à lame bombée).

Les techniques diffèrent mais le principe demeure identique : il faut recouvrir la plaque d’un masque opaque sur lequel nous dessinerons notre estampe. Dans le cas présent, j’ai noircit la plaque de cuivre avec un vernis adapté. Certains graveurs utilisent aussi une ancienne technique : « le vernis fumé. »

3. Transfert du dessin sur la plaque

On utilise de la sanguine, une craie rouge et grasse utilisée par les dessinateurs pour transférer une image d’un support à l’autre. Appliquée au dos du calque, la sanguine permettra de retranscrire notre dessin sur la plaque noircie.

Avec une pointe d’acier, nous allons redessiner une nouvelle fois le motif, directement sur la plaque noircie, en rayant le cuivre, mettant ainsi le métal à nu.

Secret de graveur : « les meilleurs outils sont ceux que l’on fait soi-même. »

4. Gravure à l’eau-forte

Il existe plusieurs techniques pour graver le métal en taille-douce. Ici, nous plongeons la plaque dans un bain d’acide nitrique (l’eau-forte, ou l’aqua-fortis des anciens alchimistes, HNO3). Le bain d’acide doit être à température ambiante, entre 15 et 20°C.

De nos jours, l’acide nitrique est remplacé par des mordants moins toxiques, comme le Chlorure de fer. Les parties rayées se creusent plus ou moins profondément suivant le temps d’immersion. Avant d’obtenir le résultat escompté, il faut souvent recours à plusieurs essais de « morsure » pour obtenir une épreuve conforme à notre attente.

Secret de graveur : pour accélérer le processus de « morsure », on peut ajouter un morceau de cuivre non verni dans le bain.

Les plaques de cuivre ont été plongées 25 minutes dans le bain d’acide nitrique. Le bain est bleuté car l’acide ici présent a déjà servi à « mordre » quelques plaques de cuivre. Régulièrement, on enlève les bulles d’hydrogène d’oxyde azotique qui se forment à la surface des sillons à l’aide d’une plume d’oie.

Enfin, lorsque la « morsure » correspond à nos attentes, on plonge les plaques gravées dans un récipient rempli d’eau claire. Cela s’appelle le bain d’arrêt. Le compte-fil permet de vérifier que la plaque est correctement gravée.

5. Le dépouillement et le calage sur presse

La couche de vernis qui recouvre les zones non gravées de la plaque de cuivre est ensuite effacée à l’essence de térébenthine. Cette étape — un peu magique — révèle peu à peu le dessin gravé.

Une fois la plaque gravée, il ne suffit pas de l’imprimer telle quelle. Afin d’obtenir un calage précis sur la presse (et parce qu’on ne peut se satisfaire d’un à peu près), on réalise une Marie-Louise : c’est un cache, une sorte de gabarit qui permettra de caler au millimètre près les plaques sur le papier, quelque soit son format.

7. Encrage de la plaque

On recouvre manuellement la plaque gravée d’une encre d’imprimerie sur toute la surface à l’aide d’un petit rouleau d’imprimerie ou d’un morceau de tarlatane (étoffe de coton à tissage). L’encre va se déposer dans tous les creux du dessin et se transférera de la plaque au papier lors de son passage sous la presse.

8. « Ça roule ! »

Les plaques sont positionnées côte à côte sur le support. Il faut utiliser un papier ayant un grain correspondant aux normes techniques, et de préférence clair. Le papier bouffant est obligatoire, tel le papier Grand Aigle, avec un grammage (la force du papier) important pour pouvoir résister à la pression des cylindres de la presse.Attention les doigts, la presse à bras utilisée ce jour à une pression d’environ deux tonnes !

On recouvre avant tout la presse de langes en feutre épais. La Marie-Louise est positionnée sur la presse puis on dépose les plaques de cuivre dans le gabarit. Enfin, le papier est déposé (avec la plus grande attention) directement sur les plaques.

Secret de graveur : lors de l’encrage de la plaque, il est possible de renforcer les ombres et les lumières. On appelle cela une épreuve « retroussée ».

La presse est manipulée à la main et il ne peut y avoir qu’un seul passage sous presse pour chaque impression. Pour imprimer de nouveau, il faut encrer une nouvelle fois la plaque de cuivre et la faire repasser entre les cylindres de la presse. Cette technique artisanale demande du temps et de la pratique mais le résultat est unique et inégalable avec des techniques d’impression modernes.

Reportage réalisé en mai 2013, dans l’Atelier du plasticien guerrois Louis-Roger. Cet article est initialement paru, sous une forme peu différente, sur le site www.laboutiquedutshirt.com

2016-12-16T00:13:01+00:00 mai 22nd, 2013|